Développement local
L'exemple de la commune de Molompize dans le
Cantal :
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Métiers anciens, nouveaux emplois
Dans le cadre du programme européen Equal, l'action Safran
(Savoir-faire anciens et activités nouvelles) s'attache à
repérer des savoir-faire traditionnels menacés de
disparition. Il ne s'agit pas seulement de les sauver de
l'oubli, mais aussi d'exploiter les possibilités de création
d'activité dont ils sont porteurs. |
Associée au projet Safran, Etudes et Chantiers propose à
des jeunes et des adultes de participer à la réalisation de
projets d'intérêt général de transformation de l'espace.
Cette pédagogie du chantier-école est souvent mise en oeuvre
pour l'insertion par l'activité économique. Pour ce faire,
nous recherchons le plus souvent des espaces délaissés par
l'économie marchande, ce qui a l'avantage de nous soustraire
aux jeux de la concurrence avec les entreprises classiques et
de nous rapprocher des objectifs du développement local.
Le projet palhàs est un bon exemple. Les palhàs
sont des terrasses agricoles que l'on retrouve sur les
bordures du Massif Central. Orientées au midi, elles étaient
occupées par de la vigne, des vergers et des potagers. Celles
qui nous intéressent sont situées sur la commune de
Molompize dans le Cantal, membre de la communauté des
communes du Pays de Maussiac, proche de la Lozère et du
Puys-de-Dôme. Maussiac est l'une des deux portes d'accès au
Cantal par l'autoroute A75; on peut donc s'attendre à une
importante fréquentation touristique de ce pays.
Elaborant son projet de développement, la communauté de
communes a envisagé la remise en valeur de ces espaces.
Depuis le début de l'action, il y a quatre ans, les
terrasses, naguère envahies par les broussailles, sont
réapparues dans un paysage où s'inscrit désormais l'autoroute.
Etudes et Chantiers a poursuivi l'action il y a deux ans,
après que la communauté de communes eut réalisé que
l'insertion sociale et professionnelle de chômeurs
nécessitait des compétences qui lui faisaient défaut, celle
d'employeur, responsable d'une activité économique, chargé
en outre d'accompagnement social et d'organisation de
formation.
Deux savoir-faire se trouvent en jeu. D'abord la
reconstruction en pierres sèches des murs qui dessinent et
soutiennent les terrasses, ensuite la replantation de vigne et
d'arbres fruitiers et l'organisation des potagers. Des plantes
aromatiques seront également mises en culture.
Une réelle opportunité d'insertion
La pierre sèche appelle des compétences très particulières
qu'il faut souvent retrouver. Pour que l'appareillage soit
réussi, il faut tenir compte des spécialités très locales.
Aussi le savoir-faire est-il reconstruit à partir des
témoignages d'anciens maçons, parfois d'anciens
agriculteurs. Mais pour une bonne part, il se devine,
s'expérimente et chaque échec est bénéfique à une
meilleure maîtrise technique.
Des agriculteurs sont candidats pour avoir à terme la gestion
des espaces réaménagés et remis en culture, en partenariat
avec la communauté de communes et l'Office de tourisme, afin
de valoriser le passage de l'autoroute sur le territoire.
En ce qui concerne l'insertion des personnes qui travaillent
sur le chantier, on peut dire - et redire, après d'autres
expériences identiques - que ce type de chantier offre une
réelle opportunité d'insertion de personnes en difficulté
d'intégration sociale. En effet, il existe des similitudes
entre l'espace et la personne mobilisée pour ce travail. Ils
sont l'un et l'autre sur le bas-côté de l'économie
marchande, ils ont l'un et l'autre besoin de se reconstruire
à partir d'un passé considéré comme inadapté et chacun ne
retrouve sa place que grâce à l'autre.
Ces spécificités sont de réels atouts, constitutifs de
l'action elle-même. Il existe sur ce chantier une ambiance
particulière. Elle s'explique par le style de l'encadrement
et par le fait que chacun est obligé de révéler sa propre
sensibilité face à la pierre : il faut la découvrir, la
choisir et la sentir pour lui trouver sa place. Le coup d'oeil,
l'harmonie sont importantes, d'autant plus que solidité et
esthétique sont liées. Il ne faut pas trop se presser pour
faire ce travail et cette exigence est plutôt bien adaptée
aux personnes. Très rapidement, alors qu'elles semblaient
incapables de trouver leur place dans une entreprise, elles
sont désormais reconnues comme détentrices quasiment
exclusives d'un savoir valorisant, apprécié et utile.
L'ensemble de ces observations réinterroge le concept d'inemployabilité
cher à la Commission Européenne. Pour Etudes et Chantiers,
la double compétence acquise doit donner accès à des
emplois au sein des collectivités locales, souvent en
recherche de personnels polyvalents.
Le projet Safran arrive au bon moment pour, éventuellement,
faciliter la poursuite de l'expérience jusqu'à la création
d'activités constituant une véritable filière. Deux
démarches sont à cet égard porteuses d'espoir :
- Les communes voisines, ayant connaissance de la
réapparition de cette activité, sollicitent notre
association pour l'ouverture de nouveaux chantiers
de construction en pierres sèches;
- Le département voisin de la Lozère réfléchit à la
remise en valeur de ses cazelles qui sont des abris
de berger bâtis eux aussi en pierre sèche.
Denis Maïer
Délégué national de l'Unarec
POUR La Revue du GREP, n°177, Dossier "Au croisement des générations".
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